Zoé et la porte des rêves
Zoé venait de poser sa joue sur l'oreiller quand elle sentit quelque chose de dur sous sa joue. Quelque chose de tout petit. Pas plus gros qu'un bouton de chemise.
Elle alluma sa veilleuse, souleva un coin de la taie... et resta bouche ouverte.
Là, cousue au beau milieu de l'oreiller, il y avait une porte. Une porte minuscule, en bois doré, avec une poignée grosse comme une tête d'épingle et un paillasson de la taille d'un timbre.
Zoé approcha son œil tout près. Sur la porte, une petite pancarte disait : « Frapper doucement. Les rêves se reposent. »
Alors Zoé frappa doucement. Toc, toc.
La porte s'ouvrit sans grincer, et une tête passa dans l'entrebâillement. C'était un petit bonhomme rond comme une pelote, en pyjama de velours bleu nuit, avec un bonnet qui lui tombait sur un œil.
— Chuuut, dit-il en souriant. Bonsoir. Je suis Papillote, le gardien de la porte. Tu es Zoé, du lit du premier étage ?
— Oui, chuchota Zoé. C'est quoi, cette porte ?
— C'est TA porte, dit Papillote. Chaque oreiller en a une, mais presque personne ne la trouve. Viens voir, mais sur la pointe des yeux.
Zoé ne savait pas comment on marchait sur la pointe des yeux, mais elle regarda par la porte, tout doucement.
Et elle vit le secret.
Derrière la porte, il y avait un long couloir de coton, éclairé par des veilleuses en forme de lune. Et dans ce couloir, des rêves faisaient la queue. Une file entière de rêves, sages comme des images, qui attendaient leur tour.
Il y avait un rêve de cirque qui jonglait tout seul pour patienter. Un rêve de gâteau au chocolat qui sentait bon jusqu'ici. Un rêve de toboggan géant qui ondulait doucement. Un rêve de chaton qui se léchait la patte.
— Ils attendent quoi ? souffla Zoé.
— Que tu dormes, pardi, dit Papillote. Un rêve ne peut entrer que dans une tête endormie. C'est la règle. Alors chaque soir, ils se mettent en rang, et dès que tu fermes les yeux pour de bon, j'ouvre la porte au premier de la file.
Zoé n'en revenait pas. Toutes ces nuits où elle avait rêvé, il y avait eu une file d'attente sous sa joue !
— Et cette nuit, c'est lequel, le premier ?
Papillote consulta un petit carnet.
— Voyons voir... Cette nuit, c'est lui.
Il fit un signe, et un rêve s'avança au début de la file. Un rêve tout scintillant, avec des ailes larges et tranquilles, couleur de ciel du soir.
— Un rêve de vol, annonça Papillote. Tu voleras au-dessus de ta maison, au-dessus du jardin, avec le vent tiède dans les cheveux. Il t'attend depuis mardi. Il a très envie de te rencontrer.
Le rêve fit une petite révérence. Zoé sentit son cœur devenir tout léger, comme s'il s'entraînait déjà à voler.
— Mais alors, dit-elle, si je reste réveillée pour vous regarder, il ne pourra jamais entrer ?
— Exactement, sourit Papillote. C'est tout le problème des enfants qui trouvent la porte. Ils veulent regarder la file toute la nuit, et les rêves attendent, attendent...
Derrière lui, le rêve de gâteau au chocolat poussa un tout petit soupir de chocolat.
Zoé réfléchit. Elle avait très envie de regarder encore. Mais elle avait encore plus envie de voler.
— D'accord, décida-t-elle. Je vais dormir. Mais tu leur dis bonne nuit de ma part ? À toute la file ?
— À toute la file, promit Papillote. C'est la première fois qu'on leur souhaite bonne nuit. Ils vont être drôlement contents.
Zoé reposa le coin de la taie, tout doucement, comme on referme un livre précieux. Elle entendit, très loin, très bas, comme un murmure de coton : « Bonne nuit, Zoé... »
Elle posa sa joue juste à côté de la petite porte. Pour ne pas déranger.
La veilleuse s'éteignit. La chambre devint bleue et calme.
Zoé respira lentement. Sous sa joue, elle crut sentir la file avancer d'un tout petit pas.
Ses yeux se fermèrent. Une fois. Pour de bon.
Et quelque part sous l'oreiller, une porte minuscule s'ouvrit sans bruit, pour laisser entrer un grand rêve d'ailes tranquilles, couleur de ciel du soir.
Fin