Le loup qui avait peur du noir
Dans le bois, au pied d'un talus, il y a un trou entre deux racines. Et dans ce trou, il y a un louveteau qui ne veut pas sortir.
Il s'appelle Sylvestre. Il a des pattes trop grandes et une oreille qui retombe du même côté.
— Viens, dit sa mère. Chez les loups, la promenade se fait la nuit.
Sylvestre avance son museau jusqu'au bord du trou. Dehors, c'est noir. Très noir. Le noir est partout, même sous les fougères.
— Je crois que je vais rester là, dit-il en reculant tout au fond.
Bruyère, sa mère, ne se moque pas. Elle ne dit pas « un loup, ça n'a pas peur ». Elle s'assoit contre lui, met sa queue autour de ses pattes et lui dit un secret :
— Ce n'est pas à toi d'y aller ce soir. C'est à la nuit de venir te chercher.
Elle sort la première, sans faire craquer une brindille.
Sylvestre attend. Il compte ses respirations.
Un peu plus tard, quelque chose change au bord du trou : de la lumière, grise et douce, qui se pose sur les racines comme du lait.
Sylvestre avance une patte, puis l'autre, et sort en clignant des yeux. La clairière est pleine de cette lumière-là, et au-dessus des sapins, la lune.
— Bonsoir, petit loup, dit la lune. Tu as peur du noir ?
— Un peu, dit Sylvestre. Beaucoup.
— C'est normal, dit la lune. Le noir est grand. Mais je suis là toutes les nuits, même derrière les nuages : je fais ma tournée, et je ne rate personne. Regarde tes pattes.
Sylvestre regarde ses pattes. À côté, sur l'herbe, il y a une ombre de louveteau avec une oreille qui retombe.
— Une ombre, ça veut dire qu'il y a de la lumière, dit la lune. Si tu vois ton ombre, c'est que je suis là.
Sylvestre bouge une patte. L'ombre bouge la même.
Il rit, d'un rire qui ressemble à un éternuement.
La forêt, sous la lune, n'est pas noire du tout. Elle est bleue.
Bruyère revient et lui lèche le dessus de la tête, longtemps. Puis ils remontent le talus, les fougères sur le ventre.
Devant le trou, Sylvestre se retourne.
— Tu restes ? demande-t-il à la lune.
— Toute la nuit, dit la lune. Et demain aussi. Va dormir, petit loup.
Sylvestre rentre. Il se roule contre le ventre chaud de sa mère, le museau sous sa patte.
Dehors, un peu de lumière grise entre par le trou et se pose sur ses pattes trop grandes.
Il ferme les yeux.
Et dans le bois tout bleu, la lune fait sa tournée sans faire de bruit, et n'oublie personne.
Fin