Le petit renard et la première neige
Ce soir-là, en sortant le museau du terrier, Pirouette le petit renard renifla un air tout neuf.
Ça ne sentait pas la pluie. Ça ne sentait pas les champignons. Ça sentait le froid propre, quelque chose qu'il ne connaissait pas du tout.
— Maman, ça sent bizarre dehors, dit-il.
Maman renarde sortit à son tour. Elle huma le ciel du crépuscule, un ciel rose et gris, doux comme un ventre de colombe.
— Lève la tête, mon Pirouette.
Pirouette leva la tête. Et il vit tomber des centaines de petites choses blanches, qui descendaient sans se presser, en tournant comme des danseuses fatiguées.
— Des plumes ! s'écria Pirouette. Le ciel perd ses plumes !
— Non, mon petit. C'est la neige. Ta première neige.
Un flocon se posa pile sur le bout de son museau.
— Oh ! Ça pique !
— Ça pique un peu, dit maman. C'est le froid qui dit bonjour.
Pirouette fit un pas, flouf, flouf. Derrière lui, ses empreintes dessinaient quatre petites fleurs.
— Écoute, maintenant, chuchota maman.
Pirouette dressa ses oreilles. Et il entendit… rien. Rien du tout. Juste un grand silence doux, comme si la forêt retenait son souffle.
— Pourquoi on n'entend plus rien ?
— C'est la neige. Elle avale tous les bruits. Quand elle tombe, la forêt parle tout bas.
— Maman, pourquoi elle vient, la neige ?
Maman renarde s'assit dans la poudre blanche et enroula sa queue autour de lui.
— La neige, c'est la couverture de l'hiver. Elle vient border la forêt pour la grande nuit froide. Elle borde les arbres jusqu'aux épaules. Et dessous, tout le monde a chaud.
Pirouette bâilla.
— Et nous, maman ? Qui c'est qui nous borde ?
— Nous, dit maman, on a le terrier. Et on a moi.
Elle le porta jusqu'au terrier. Dedans, ça sentait la terre douce et le poil chaud. Pirouette se roula en boule, et maman posa sa grande queue rousse sur son dos, comme une écharpe.
— Elle sera encore là demain, la neige ? murmura Pirouette.
— Elle sera là. Toute blanche, toute neuve. Tu pourras faire mille traces de pattes.
Pirouette sourit, les yeux déjà fermés. Ses pattes remuèrent une dernière fois, flouf, flouf, comme s'il bondissait encore dans la poudre blanche de ses rêves.
Dehors, les flocons dansaient dans le noir bleu. La forêt dormait sous sa couverture.
Et toi aussi, on te borde, comme la neige borde les arbres. Remonte ta couverture jusqu'aux épaules. Écoute le grand silence doux. Et laisse tomber le sommeil sur toi, flocon après flocon.
Fin