Le nuage qui voulait être un mouton
Tout là-haut dans le ciel du soir, un petit nuage regardait le pré.
En bas, les moutons rentraient doucement vers leur coin d'herbe tendre, les uns contre les autres, ronds et moelleux. De là-haut, on aurait dit un gros tas de nuages posé par terre.
Le petit nuage soupira.
— Eux, au moins, ils dorment ensemble. Moi, je dors tout seul entre deux étoiles, et le vent me pousse toute la nuit.
Alors il prit une grande décision de nuage. Il se laissa glisser le long d'un rayon de lune et se posa au milieu du troupeau, sans faire plus de bruit qu'un flocon.
C'est la vieille brebis Berthe qui le remarqua. Elle ouvrit un œil, le renifla, et déclara :
— Tiens donc. Un cousin.
— Un cousin ? s'étonna le petit nuage.
— Bien sûr. Tout blanc, tout rond. Un mouton un peu pâlot, peut-être. On t'a tondu trop court ?
Le petit nuage n'osa pas la contredire. Ça lui faisait tellement plaisir, d'être un cousin.
Le petit agneau Flocon s'approcha et donna un coup de museau amical dans le ventre du nuage. Son museau passa au travers, dans un petit brouillard frais.
— Même pas le poids d'une chaussette ! constata Berthe. Ce qu'il lui faut, c'est du sommeil : c'est le dodo qui rend les moutons ronds. Allez, tout le monde en boule, et le cousin au milieu, là où il fait le plus chaud.
Alors les moutons se serrèrent autour de lui. Flocon se blottit tout contre — enfin, un petit peu dedans, mais personne n'y fit attention.
— C'est doux, un cousin, murmura Flocon. C'est comme dormir dans le ciel.
Le petit nuage n'avait jamais été aussi heureux. Il sentait la laine tout autour de lui, et les cœurs qui battaient doucement, boum-boum, boum-boum, comme une petite pluie d'été.
Berthe, elle, ne dormait pas encore.
— Bonne nuit, petit nuage, chuchota-t-elle, pour que lui seul l'entende.
— Tu savais ? souffla le nuage, tout rose comme au coucher du soleil.
— Un mouton que le vent a posé là, qui sent la pluie fraîche ? Bien sûr. Mais cousin quand même. Ici, on ne pèse pas les cousins. Dors.
La nuit s'installa sur le pré. La lune comptait le troupeau pour s'endormir : un mouton, deux moutons, trois moutons... et un petit nuage, tout au milieu, le plus doux de tous.
Les respirations se firent lentes. La laine était chaude. L'herbe sentait bon.
Et le petit nuage s'endormit enfin sans vent, bercé par les cœurs des moutons, léger, léger, léger comme un beau rêve.
Fin