Le marchand de sable a perdu son sable
Ce soir-là, le marchand de sable descendait de son échelle de lune en sifflotant. Il s'appelle Amédée, il porte un chapeau mou et un grand sac de toile sur l'épaule.
À la dernière marche, sa manche accrocha la branche d'un bouleau.
Crac. Le sac s'ouvrit. Et tout le sable à dormir se répandit dans l'herbe mouillée.
Il essaya de le ramasser, mais le sable avait déjà glissé entre les brins, filé sous les cailloux.
— Oh là là, dit Amédée. Et les enfants qui m'attendent.
Son sac était vide comme une poche de manteau d'été.
Puis une petite chouette au duvet blanc se posa sur la barrière. Elle s'appelle Brindille.
— J'ai perdu mon sable, soupira Amédée. Je ne sais même plus avec quoi on le fabrique.
— Le sommeil, c'est doux, dit Brindille. Commence par ce qu'il y a de plus doux.
Elle tira de sa poitrine une pincée de duvet, la plus fine, celle qui tient au creux du cou, et la laissa tomber dans le sac.
— Du duvet de chouette, compta Amédée.
Un froissement de feuilles, et un hérisson arriva au petit trot, le museau tout jaune.
— J'ai dormi le nez dans les fleurs de tilleul, dit-il. Ça sent le soir de juillet.
Il secoua son museau au-dessus du sac : une petite fumée dorée descendit.
— Du duvet de chouette et du pollen de tilleul, compta Amédée.
Mais la pincée qu'il en prit resta immobile dans sa paume.
— Il manque ce qui fait voler, dit Brindille.
Alors un papillon de nuit sortit de l'ombre, les ailes grises et poudrées : il avait passé la soirée collé au carreau, contre le reflet de la lune.
— De la poussière de lune, dit-il. Prends-en la moitié.
Il battit des ailes, et la poussière de lune tomba en tournant, tournant, comme la neige quand elle ne se presse pas.
Amédée referma le sac et plongea la main dedans.
Cette fois, quand il ouvrit les doigts, le sable s'envola tout seul.
Il fit un petit nuage, qui passa sur le hérisson — roulé en boule au pied du tilleul — puis sur le papillon, qui plia ses ailes poudrées près de Brindille.
— Bonne tournée, chuchota la chouette, les yeux déjà mi-clos.
Amédée remonta son échelle de lune, son sac bien plein sur l'épaule.
Par la fenêtre entrouverte, il envoya une pincée de duvet, de pollen et de poussière de lune.
Cela sentait le tilleul et la nuit.
Cela se posa sur les paupières, tout doucement.
Et voilà, c'est déjà l'heure de fermer les yeux.
Fin