Le hérisson aux mille parapluies
Ploc. Ploc. Ploc.
La pluie du soir commençait à tomber sur le jardin, une pluie fine et tiède qui faisait chanter les feuilles de rhubarbe.
Sous la haie, le hérisson Picotin finissait de bricoler. Car Picotin avait un talent unique au jardin : sur chacun de ses piquants, il avait fixé une toute petite toile ronde, cousue dans des pétales et des feuilles. Mille piquants, mille petites toiles.
Mille parapluies.
— Voilà, dit Picotin en se secouant fièrement. Paré pour la pluie !
Un cri pointu monta du sentier.
— Hiii ! Mes ailes sont toutes mouillées !
C'était Pimprenelle la coccinelle, qui pataugeait entre deux gouttes grosses comme elle.
— Par ici ! lança Picotin. Choisis un parapluie, il y en a mille !
Elle grimpa sous un pétale de coquelicot. Aussitôt, plus une goutte : juste le tambour de la pluie au-dessus d'elle.
— Merci, Picotin. Tiens, je te donne mon point de chance, dit-elle en frottant une tache noire contre son museau.
Puis un escargot arriva en glissant, tout embêté.
— Ma coquille prend l'eau par le haut. C'est le toit, il vieillit.
— Deuxième étage, parapluie en feuille de menthe ! annonça Picotin.
Pour remercier, l'escargot traça sur sa patte une étoile de bave argentée.
— C'est ma plus belle écriture, dit-il, très sérieux.
Puis vinrent une souris et ses souriceaux, atchoum, atchoum, atchoum, sous les pétales de rose, les plus moelleux.
— Ploc, ploc, faisait la pluie.
— Chut, chut, répondaient les parapluies.
Picotin restait bien droit, pour ne renverser personne. Et soudain, il pensa à une chose drôle :
— Dites... Moi qui porte tous les parapluies, je suis le seul à être sous la pluie !
C'était vrai. Son museau était trempé, ses pattes aussi.
Sous les parapluies, il y eut des chuchotis. Pimprenelle annonça :
— Picotin, tu nous donnes un toit. Alors nous, on te donne une nuit. On s'occupe de t'endormir.
La pluie devint plus lente. Le soir devint plus bleu.
La maman souris chanta une chanson si fine qu'on l'entendait à peine, tout près de son oreille.
— Ferme les yeux, hérisson aux mille parapluies, murmura Pimprenelle. C'est nous qui veillons.
Picotin bâilla, puis se roula en boule si doucement qu'aucun parapluie ne bougea.
Là-haut, la pluie s'arrêta sur la pointe des gouttes. Les nuages s'écartèrent pour laisser passer la vraie lune.
Sur le dos rond de Picotin, mille parapluies brillaient de gouttelettes, comme mille petites veilleuses.
Et le hérisson s'endormit au milieu de ses amis, au chaud sous leur amitié, qui est le plus grand parapluie du monde.
Fin