Grand-Chêne raconte une histoire
Au cœur de la forêt pousse un arbre si vieux qu'il a bercé les grands-mères des grands-mères des hérissons. On l'appelle Grand-Chêne. Son écorce est pleine de rides, et chaque ride, dit-on, est une histoire.
Chaque soir, quand la lumière devient orange, c'est lui qui raconte l'histoire aux petits de la forêt.
Ce soir-là, Pompon le lapereau prit la meilleure place, le creux de mousse entre les racines. Noisette l'écureuil arriva avec sa couverture de feuilles, puis les mulots et un tout petit faon qui suçait encore son pouce. Enfin, ses sabots, mais c'est pareil.
Grand-Chêne secoua ses feuilles. Chhh, chhh : l'histoire allait commencer.
— Ce soir, dit-il de sa grande voix lente, l'histoire du petit nuage qui cherchait un lit.
— Oh non ! protesta Pompon. Je veux des galopades ! Et du danger !
— Du danger, à l'heure du coucher ? Son tronc craqua, comme un fauteuil de grand-père. Écoute plutôt.
— Il y avait, là-haut, un petit nuage rond qui bâillait. Tous les nuages savent où dormir, sauf lui.
» Il essaya le clocher du village. Mais le clocher sonna ding, dong juste sous son ventre, et le petit nuage bondit jusqu'à la lune. Impossible de dormir sur un clocher.
— Il va dormir où, alors ? bâilla Noisette.
— J'y viens, dit Grand-Chêne. Les histoires du soir, ça ne se galope pas.
— Le petit nuage, tout fatigué, arriva alors au-dessus d'une forêt douce et ronde, pleine d'arbres endormis. C'était moelleux comme la mousse, calme comme un terrier.
» Le vent lui tira un drap d'étoiles et chuchota : dors, petit nuage. Ici, rien ne sonne.
Entre les racines, Noisette dormait déjà. Le faon aussi, ses longues oreilles sur le ventre d'un mulot.
Seul Pompon luttait encore, les paupières lourdes.
— Et après ? murmura-t-il. Il y a du danger, après ?
— Après, chuchota Grand-Chêne, le petit nuage s'endormit. Et le danger, ce soir-là, resta introuvable. Il faut croire qu'il dormait aussi.
— Ah… tant mieux… souffla Pompon.
Et il s'endormit, le nez dans la mousse, ses grandes oreilles repliées comme des pétales.
Grand-Chêne continua l'histoire tout bas, rien que pour la lune. Sa voix n'était plus qu'un froissement de feuilles. Chhh… chhh…
La forêt respirait doucement. Là-haut, un petit nuage rond dormait sur la cime des arbres. C'était peut-être le vrai. Chut. On ne réveille pas les nuages.
Et toi ? Tes yeux se ferment aussi, je crois. Les histoires de Grand-Chêne font cet effet-là.
Alors blottis-toi, comme Pompon dans la mousse. Grand-Chêne raconte encore, tout doucement, rien que pour toi. Dors.
Fin