Deux places dans le nid
Dans le vieux poirier, à hauteur du toit, il y a un trou. Et dans ce trou, il y a un nid.
C'est un nid de mésanges. Il y a de la mousse, trois poils de vache, un bout de ficelle bleue, et un creux tout au milieu, bien chaud.
Le creux, c'est la place de Gribouille.
Gribouille a des plumes qui ne vont pas dans le même sens sur le dessus de la tête. Il connaît le nid par cœur.
Depuis quelques jours, il y a autre chose dans le nid : un œuf. Sa mère, Sarriette, est assise dessus, et Gribouille dort contre la paroi.
Un matin, l'œuf s'ouvre. Crac. Dedans, quelque chose de rose et tout mou, avec un cou qui tremble.
— Voilà Miette, dit Sarriette.
Miette ouvre le bec. Miette crie. Miette ne s'arrête plus.
Et Miette dort dans le creux du milieu.
Alors Gribouille sort. Il va tout au bout de la branche et tourne le dos.
Le soir, Sarriette se pose près de lui.
— Je veux ma place, dit Gribouille sans se retourner.
— Je sais, dit Sarriette.
— Elle crie tout le temps. Elle ne sait rien faire. Et elle a pris le creux.
— Je sais, dit Sarriette.
Elle ne dit pas « tu es grand, maintenant », ni « il faut être gentil ».
— C'est trop serré, dit-elle. Tu as le droit de trouver ça trop serré. Moi aussi, je le trouve.
— Alors on fait quoi ?
— On agrandit, dit Sarriette.
Ils travaillent deux jours. Gribouille rapporte de la mousse, un fil de laine, et le nid s'élargit du côté du trou.
Là, il y a un deuxième creux, plus près du bord et un peu plus frais. Mais couché dedans, on voit trois étoiles entre les feuilles.
— C'est la place de celui qui regarde, dit Sarriette.
Cette nuit-là, dans son sommeil, Miette attrape une plume de Gribouille. Elle tire dessus. Elle ne la lâche pas.
Gribouille ne bouge plus. Il aurait pu la retirer. Il ne la retire pas.
Sarriette se pose au-dessus d'eux et ouvre les ailes. Une aile pour le creux du milieu, une aile pour celui du bord. Il y a exactement la place.
Certains soirs, il repense au temps où le nid était tout à lui. Sarriette dit que c'est permis.
Ce soir, il ne dit rien. Il regarde ses trois étoiles au bord du trou.
Le vent passe dans le poirier et les feuilles font un bruit d'eau.
Deux places dans le nid, deux petits cœurs qui battent, une plume tenue par une patte rose.
Et le vieux poirier les berce tous les deux, doucement, jusqu'au matin.
Fin