Capitaine Doudou et la mer de coton
— Larguez les amarres ! chuchota Basile.
Car il faut vous dire un secret : chaque soir, quand la lampe s'éteint et que la veilleuse s'allume, le lit de Basile ne reste pas un lit. Oh non. Les draps se gonflent comme des voiles. L'oreiller devient la proue. Et l'édredon, tout autour, se déplie en une grande mer de coton, blanche et moelleuse à perte de chambre.
Ce soir-là, le doudou grimpa sur la barre. C'était un vieux lapin gris à l'oreille recousue — et sur la mer de coton, on ne l'appelait plus « doudou », mais Capitaine Doudou.
— Moussaillon Basile, dit le capitaine de sa voix de flanelle, cap sur le pays du sommeil ?
— Cap sur le pays du sommeil ! répondit Basile en saluant bien droit.
Autour d'eux, la chambre jouait le jeu : le tapis s'étala en lagon bleu, la pile de livres se dressa en phare, et la veilleuse tournait sa lumière sur les vagues.
— Capitaine, c'est encore loin, le pays du sommeil ?
— On y est presque, moussaillon. La mer de coton devient toute chaude.
Soudain, un ronron passa sur la mer : c'était le chat, qui traversait la chambre à pas de velours.
— Une baleine ! chuchota Basile.
— Une baleine qui ronronne, confirma le capitaine. Excellent signe : elles montrent le chemin du sommeil.
Le chat-baleine sauta au pied du lit et se roula en boule.
— Terre en vue, murmura Capitaine Doudou. Paré à jeter l'ancre ?
— Paré, bâilla Basile.
— Alors voilà la manœuvre, la plus importante du voyage. On pose sa tête au creux de l'oreiller... comme ça. On remonte la mer de coton jusqu'aux épaules... comme ça. Et on serre son capitaine dans ses bras, pour qu'il ne tombe pas à l'eau.
Basile exécuta la manœuvre parfaitement. Son capitaine, serré contre lui, était redevenu tout petit.
Alors la chambre se retransforma : les voiles redevinrent des draps, le lagon un tapis, le phare une pile de livres.
Seule la mer de coton resta une mer de coton : elle était trop douce pour redevenir quoi que ce soit.
— Ancre jetée, souffla le capitaine à l'oreille de Basile. Beau voyage, moussaillon.
— Beau voyage, capitaine, murmura Basile, les yeux fermés aux trois quarts.
La veilleuse tournait sa lumière dorée, de plus en plus lentement. Le chat ronronnait, comme une baleine heureuse.
Le bateau ne bougeait plus. La nuit berçait la maison.
Et Basile s'endormit au port, son capitaine dans les bras, sur la mer de coton la plus calme du monde.
Fin