Capitaine Doudou et la mer de coton

Âge : 3-6 ans
Temps de lecture : ~ 4 minutes
Publié le :

— Larguez les amarres ! chuchota Basile.

Car il faut vous dire un secret : chaque soir, quand la lampe s'éteint et que la veilleuse s'allume, le lit de Basile ne reste pas un lit. Oh non. Les draps se gonflent comme des voiles. L'oreiller devient la proue. Et l'édredon, tout autour, se déplie en une grande mer de coton, blanche et moelleuse à perte de chambre.

Ce soir-là, comme tous les soirs, le doudou de Basile grimpa sur la barre. C'était un vieux lapin gris à l'oreille recousue, et sur la mer de coton, on ne l'appelait plus « doudou ». On l'appelait Capitaine Doudou.

— Moussaillon Basile, dit le capitaine de sa voix de flanelle, cap sur le pays du sommeil ?

— Cap sur le pays du sommeil ! répondit Basile en saluant bien droit.

Et le lit-bateau se mit à voguer.

Autour d'eux, toute la chambre jouait le jeu. Le tapis s'étala en lagon bleu. La commode devint une falaise avec des tiroirs en balcons. La pile de livres se dressa en phare, et la veilleuse, tout en haut, tournait doucement sa lumière dorée sur les vagues.

— Première escale ! annonça Capitaine Doudou. L'île aux Pyjamas. Vérification d'usage : le moussaillon est-il bien boutonné ?

Basile vérifia. Un bouton était tout seul dans la mauvaise boutonnière. Il le remit avec son voisin, pour que personne ne dorme fâché.

— Boutonnage parfait, approuva le capitaine. En route !

Le bateau glissa sur une grande vague d'édredon. Ça montait, ça descendait, doucement, comme une balançoire très calme. Au passage, le rideau salua avec ses plis, car les rideaux, la nuit, sont des drapeaux de pays doux.

— Capitaine, dit Basile, c'est encore loin, le pays du sommeil ?

— On y est presque, moussaillon. Tu vois la mer de coton ? Quand elle devient toute chaude, c'est qu'on approche. Trempe une main pour voir.

Basile glissa une main sous l'édredon. C'était tout chaud.

— On approche ! souffla-t-il.

— Alors ouvre l'œil, dit le capitaine. Enfin... ouvre-le à moitié. Au pays du sommeil, les yeux grands ouverts, ça fait fuir les rêves.

Basile ouvrit l'œil à moitié. Et à moitié, tout devenait encore plus joli : la lumière de la veilleuse faisait des poissons dorés sur le plafond, et la falaise-commode avait l'air de dormir debout.

Soudain, un ronron passa sur la mer. C'était le chat de la maison, qui traversait la chambre à pas de velours.

— Une baleine ! chuchota Basile.

— Une baleine qui ronronne, confirma le capitaine. Excellent signe. Les baleines qui ronronnent montrent toujours le chemin du sommeil.

Le chat-baleine sauta au pied du lit, tourna deux fois, et se roula en boule. Le bateau tangua un tout petit coup, puis se stabilisa.

— Terre en vue, murmura Capitaine Doudou. Le pays du sommeil, droit devant. Paré à jeter l'ancre ?

— Paré, bâilla Basile.

— Alors voilà la manœuvre, moussaillon. C'est la plus importante du voyage, écoute bien. On pose sa tête au creux de l'oreiller... comme ça. On remonte la mer de coton jusqu'aux épaules... comme ça. Et on serre son capitaine dans ses bras, pour qu'il ne tombe pas à l'eau pendant la nuit.

Basile exécuta la manœuvre à la perfection. Capitaine Doudou, serré tout contre lui, était redevenu tout petit dans ses bras.

Alors, doucement, la chambre se retransforma. Les voiles redevinrent des draps. Le lagon redevint un tapis. Le phare redevint une pile de livres, la falaise une commode, et les drapeaux, de simples rideaux qui respiraient avec la fenêtre.

Seule la mer de coton resta une mer de coton, parce qu'elle était trop douce pour redevenir quoi que ce soit.

— Ancre jetée, souffla le capitaine à l'oreille de Basile. Beau voyage, moussaillon.

— Beau voyage, capitaine, murmura Basile, les yeux fermés aux trois quarts.

La veilleuse tournait sa lumière dorée, de plus en plus lentement. Le chat ronronnait au pied du lit, comme une baleine heureuse.

Le bateau ne bougeait plus. La nuit berçait la maison.

Et Basile s'endormit au port, son capitaine dans les bras, sur la mer de coton la plus calme du monde.

Fin

Questions fréquentes

Pour quel âge cette histoire est-elle adaptée ?

Cette histoire convient aux enfants de 3 à 6 ans, surtout à ceux qui embarquent chaque soir avec leur doudou.

Combien de temps dure la lecture ?

Environ 5 minutes à voix haute, le temps d'une traversée jusqu'au sommeil.

Histoires similaires

Le petit renard et la première neige

⏱ 4 min

Au crépuscule, Pirouette le petit renard découvre la neige : le froid qui pique le museau, le grand silence blanc, les traces…

Lila et le phare des câlins

⏱ 4 min

Le phare de Lila n'éclaire pas les bateaux : chaque soir, il envoie des câlins de lumière aux maisons du village. On suit…

Le jardin qui chantait la berceuse

⏱ 4 min

À la nuit tombée, les fleurs du jardin fredonnent une berceuse, dirigées par Célestin, un escargot chef d'orchestre très…

Timoté le train de nuit

⏱ 4 min

Chaque soir, Timoté le petit train de nuit livre les rêves aux enfants endormis, gare après gare, avec Hulotte la chouette…