Barnabé range la forêt

Âge : 3-6 ans
Temps de lecture : ~ 4 minutes
Publié le :

Barnabé l'ours bâilla si fort que trois feuilles rousses tombèrent du grand chêne.

— Pardon, le chêne, dit Barnabé en les ramassant délicatement entre ses grosses pattes.

C'était le dernier soir de l'automne. Demain, Barnabé commencerait son grand sommeil d'hiver, celui qui dure jusqu'aux premières fleurs. Mais avant de dormir, Barnabé avait une habitude à lui, une habitude d'ours très soigneux : il bordait la forêt.

Oui, toute la forêt.

Il commença par le buisson de mûres. Il ramena les feuilles mortes tout autour de ses racines, comme on remonte un édredon.

— Voilà pour toi, dit-il. Bien au chaud jusqu'au printemps.

Le buisson frissonna de plaisir, et Barnabé continua son chemin.

Un peu plus loin, il trouva la famille mulot devant sa porte, en pyjama de poils gris. Le plus petit des mulots, Grignotin, tenait une graine de tournesol serrée contre lui comme un doudou.

— Barnabé ! couina Grignotin. Tu viens nous border, nous aussi ?

— Évidemment, dit Barnabé. Un ours ne saute jamais une maison.

Il poussa doucement un peu de mousse contre l'entrée du terrier, laissa juste un petit trou pour respirer, et souffla dessus un air tout tiède, un air d'ours, qui sentait le miel.

— Oh là là, bâilla Grignotin. Ton souffle, c'est comme une couverture...

— Chut, sourit Barnabé. Dodo, les mulots.

Et il repartit, de son pas lent et lourd qui berçait un peu la terre.

Il borda le ruisseau en posant une longue branche par-dessus, pour que le vent ne le décoiffe pas. Il borda les champignons en redressant leurs chapeaux. Il borda le vieux rocher, qui n'avait besoin de rien, mais qui aimait bien qu'on lui dise bonne nuit quand même.

— Bonne nuit, le rocher.

Le rocher ne répondit pas, parce que c'est un rocher. Mais Barnabé était sûr qu'il était content.

Dans le noisetier, la chouette Ombrine ouvrit un œil rond.

— Hou, Barnabé. Tu bordes encore tout le monde ? Tu sais que la forêt est très grande ?

— Je sais, dit Barnabé. Mais si je saute un recoin, ce recoin aura froid. Et un ours ne peut pas dormir tranquille en pensant à un recoin qui a froid.

Ombrine hocha la tête. C'était une bonne raison.

— Alors je t'aide, dit-elle. Moi, je veille la nuit. Je dirai bonne nuit à tout ce que tu n'as pas vu.

— Merci, Ombrine. Toi, je ne peux pas te border, tu es toujours en haut.

— Souffle-moi juste ton air au miel, dit la chouette.

Barnabé se dressa sur ses pattes arrière et souffla vers le noisetier. Ombrine ferma les yeux à moitié, toute ébouriffée de douceur.

La tournée continua, de plus en plus lente, de plus en plus douce. Barnabé rabattit les fougères sur les escargots endormis. Il remonta le lierre sur l'épaule du grand chêne, comme un châle. Il posa les trois feuilles rousses du début sur trois petites fleurs frileuses.

— Une pour toi. Une pour toi. Et une pour toi.

La lune se leva au-dessus des sapins. La forêt, maintenant, était toute bordée, toute rangée, toute silencieuse. On n'entendait plus que des respirations minuscules sous les feuilles, et le ruisseau qui murmurait sous sa branche.

Barnabé arriva enfin devant sa propre grotte. Il regarda derrière lui une dernière fois.

Tout dormait. Tout était bien.

Il entra. Sa grotte sentait la terre douce et le miel d'été. Il tourna trois fois sur lui-même, tassa les feuilles sèches, et se coucha en rond, le museau sous la patte.

C'est alors qu'il entendit un froissement d'ailes. Ombrine se posa à l'entrée de la grotte, tenant dans son bec une grande feuille de châtaignier.

Sans un mot, elle la déposa sur l'épaule de Barnabé. Comme une petite couverture. Comme un merci.

— Toi aussi, tu es bordé, chuchota la chouette. Dors bien tout l'hiver, grand rangeur de forêt.

Barnabé sourit dans sa fourrure. Ses yeux se fermaient tout seuls.

Dehors, la nuit veillait. La lune passait doucement sur les arbres bien bordés.

Et Barnabé s'endormit jusqu'au printemps, dans une forêt toute chaude, toute calme, rangée comme un grand lit.

Fin

Questions fréquentes

Pour quel âge cette histoire est-elle adaptée ?

Cette histoire convient aux enfants de 3 à 6 ans, idéale pour les soirs où l'on a besoin de beaucoup de calme.

Combien de temps dure la lecture ?

Environ 5 minutes à voix haute, sur un rythme lent qui prépare au sommeil.

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