Barnabé range la forêt
Barnabé l'ours bâilla si fort que trois feuilles rousses tombèrent du grand chêne.
— Pardon, le chêne, dit Barnabé en les ramassant délicatement entre ses grosses pattes.
C'était le dernier soir de l'automne. Demain, Barnabé commencerait son grand sommeil d'hiver, celui qui dure jusqu'aux premières fleurs. Mais avant de dormir, il avait une habitude d'ours très soigneux : il bordait la forêt.
Oui, toute la forêt.
Devant leur terrier, il trouva la famille mulot en pyjama de poils gris. Le plus petit, Grignotin, tenait une graine de tournesol serrée contre lui comme un doudou.
— Barnabé ! couina-t-il. Tu viens nous border, nous aussi ?
— Évidemment, dit Barnabé. Un ours ne saute jamais une maison.
Il poussa un peu de mousse contre l'entrée, laissa un petit trou pour respirer, et souffla dessus un air tiède qui sentait le miel.
— Oh là là, bâilla Grignotin. Ton souffle, c'est comme une couverture...
— Chut, sourit Barnabé. Dodo, les mulots.
Et il repartit, de son pas lent qui berçait la terre.
Dans le noisetier, la chouette Ombrine ouvrit un œil rond.
— Hou, Barnabé. Tu bordes encore tout le monde ? La forêt est très grande, tu sais.
— Je sais. Mais si je saute un recoin, ce recoin aura froid. Et un ours ne peut pas dormir tranquille en pensant à un recoin qui a froid.
— Alors je t'aide, dit Ombrine. Moi, je veille la nuit. Je dirai bonne nuit à tout ce que tu n'as pas vu. Toi, souffle-moi juste ton air au miel.
Barnabé se dressa et souffla vers le noisetier. Ombrine ferma les yeux à moitié, toute ébouriffée de douceur.
Puis il posa les trois feuilles rousses du début sur trois fleurs frileuses.
— Une pour toi. Une pour toi. Et une pour toi.
La lune se leva au-dessus des sapins. La forêt était toute bordée, toute silencieuse.
Barnabé arriva enfin devant sa grotte. Tout dormait, tout était bien.
Sa grotte sentait la terre douce et le miel d'été. Il tourna trois fois sur lui-même et se coucha en rond, le museau sous la patte.
C'est alors qu'il entendit un froissement d'ailes. Ombrine se posa à l'entrée, une grande feuille de châtaignier dans le bec. Sans un mot, elle la déposa sur son épaule. Comme une petite couverture. Comme un merci.
— Toi aussi, tu es bordé, chuchota la chouette. Dors bien tout l'hiver, grand rangeur de forêt.
Il sourit dans sa fourrure. Ses yeux se fermaient tout seuls.
Et Barnabé s'endormit jusqu'au printemps, dans une forêt toute chaude, toute calme, rangée comme un grand lit.
Fin