Trois respirations avant de dormir
Le soir est arrivé sur la forêt.
Dans la tanière, il y a un lit de mousse. Et dans le lit de mousse, il y a Praline, la petite ourse.
Praline ne dort pas.
Ses pieds veulent encore courir. Ses mains veulent encore attraper. Elle se tourne. Elle se retourne. Elle remonte la couverture, elle la redescend.
— Maman, mes pieds ne veulent pas.
Maman ourse s'assoit tout près. Elle pose sa grande patte chaude sur le ventre de Praline.
— Je sais, dit-elle. Alors on va respirer trois fois.
— Trois fois seulement ?
— Trois fois seulement. Écoute.
Doucement dedans… doucement dehors.
Une respiration pour le ventre.
Le ventre se remplit d'air. Il monte tout doucement, comme un petit ballon tiède. Puis il redescend.
Fffff…
Le ventre est calme. Le ventre dort déjà.
Doucement dedans… doucement dehors.
Deux respirations pour les épaules.
Les épaules montent un peu. Et puis elles tombent, plouf, dans la mousse.
Fffff…
Les épaules sont lourdes. Les épaules dorment déjà.
Doucement dedans… doucement dehors.
Trois respirations pour les yeux.
Les yeux se ferment sur le noir tout doux. Les paupières sont chaudes.
Fffff…
Dehors, le vent passe dans les branches. Chhh… chhh… Il respire aussi.
La rivière passe sur les cailloux. Glou… glou… Elle respire aussi.
Et Praline sent ses pieds qui ne veulent plus courir du tout.
— Maman ?
— Oui ?
— Encore trois.
Alors maman ourse recommence, encore plus lentement.
Doucement dedans… doucement dehors.
Une pour le ventre. Le ventre est chaud.
Doucement dedans… doucement dehors.
Deux pour les épaules. Les épaules sont lourdes.
Doucement dedans… doucement dehors.
Trois pour les yeux. Les yeux sont fermés.
La grande patte chaude reste posée sur le ventre de Praline.
La mousse sent bon la forêt mouillée.
Fffff… chhh… glou…
Toute la forêt respire ensemble.
Et Praline, dans son lit de mousse, dort jusqu'au matin.
Fin