Nino et la carte du ciel

Âge : 6-9 ans
Temps de lecture : ~ 5 minutes
Publié le :

— Passe-moi le crayon bleu nuit, moussaillon.

Sur la terrasse de la vieille maison, Nino fouilla dans la boîte en fer et tendit le crayon à son grand-père. C'était leur rituel de chaque été : quand la nuit était bien noire et le ciel bien propre, ils s'installaient tous les deux sur les chaises longues, avec une grande feuille, une lampe rouge qui n'éblouit pas les yeux, et un thermos de tisane au miel.

Et ils dessinaient la carte du ciel.

Grand-Pa connaissait toutes les constellations. Les constellations, ce sont des familles d'étoiles : on relie les points brillants avec des lignes imaginaires, et cela dessine un chasseur, une casserole, un dragon ou un cygne. Grand-Pa disait que le ciel était le plus grand cahier de coloriage du monde, et qu'il ne fallait jamais dépasser.

Ce soir-là, ils avaient déjà dessiné la Grande Ourse, penchée au-dessus des collines, et l'Étoile polaire, celle qui ne bouge jamais et qui montre le nord aux voyageurs perdus.

— Maintenant, le Cygne, annonça Grand-Pa. Mon préféré. Il vole tout l'été le long de la rivière blanche.

La rivière blanche, c'était son nom à lui pour la Voie lactée, ce grand fleuve pâle fait de milliers d'étoiles trop lointaines pour être vues une par une.

Nino leva son crayon, chercha les ailes du Cygne, la longue ligne du cou… et fronça les sourcils.

— Grand-Pa. Il manque une étoile.

L'étoile qui manquait

Grand-Pa chaussa ses lunettes, regarda la carte de l'an dernier, puis le ciel, puis la carte encore.

— Par ma barbe et mes bretelles… Tu as raison, moussaillon. L'étoile du bout de l'aile. Elle était là l'été dernier, je l'ai dessinée moi-même.

Nino sentit son cœur battre un peu plus vite. Une étoile ne s'envole pas. Une étoile ne tombe pas dans le jardin comme une pomme. Alors, où était-elle passée ?

— Est-ce qu'elle s'est éteinte ? demanda-t-il tout bas, un peu triste déjà.

— Doucement, doucement, dit Grand-Pa. Dans le ciel comme ailleurs, avant de s'inquiéter, on observe. C'est la première règle des astronomes : la patience. Le ciel ne répond jamais à ceux qui sont pressés.

Il versa deux tasses de tisane. Ils s'enfoncèrent dans leurs chaises longues, le nez en l'air, et ils observèrent.

Nino apprit que regarder, c'est un vrai travail. Ses yeux s'habituèrent au noir, et le ciel se remplit d'étoiles minuscules qu'il n'avait pas vues d'abord. Il entendit les grillons, le froissement des feuilles du figuier, le chien du voisin qui rêvait en soupirant. Le bout de l'aile du Cygne, lui, restait vide.

— Grand-Pa… et si quelqu'un l'avait prise ?

— Hum. Un voleur d'étoiles, il lui faudrait une bien grande échelle, sourit Grand-Pa. Non. Réfléchissons comme des détectives du ciel. Qu'est-ce qui peut cacher une étoile sans l'éteindre ?

Nino compta sur ses doigts.

— Un nuage ?

— Bien vu. Mais un nuage, ça bouge, et ce trou-là ne bouge pas depuis tout à l'heure.

— Une montagne ?

— Il n'y a pas de montagne au milieu du ciel, moussaillon.

— Alors… quelque chose qui vole ? Quelque chose de tout noir, qui se serait arrêté juste devant ?

Grand-Pa se redressa lentement, et ses yeux se mirent à pétiller comme deux petites étoiles de plus.

— Quelque chose qui vole, répéta-t-il. Quelque chose qui vole et qui s'arrête. Nino, tu es un vrai astronome. Attendons encore. Si tu as raison, le mystère va se résoudre tout seul.

Le secret du figuier

Ils attendirent. La nuit devint plus profonde, plus douce aussi. La tisane refroidissait doucement dans les tasses. Nino luttait pour garder les yeux grands ouverts, quand soudain…

L'étoile revint.

Elle se ralluma d'un coup, à sa place exacte, au bout de l'aile du Cygne. Et une petite ombre silencieuse traversa le ciel, glissa au-dessus de la terrasse et se posa dans le figuier, tout près d'eux.

— Une chouette ! souffla Nino.

— Une chouette hulotte, chuchota Grand-Pa. Elle chassait, perchée sur la grande antenne du toit, là-bas. Vue d'ici, elle était pile devant notre étoile. Son corps la cachait, tout simplement. Ton « quelque chose de tout noir qui vole », c'était elle.

Nino regarda la chouette. La chouette regarda Nino, avec ses grands yeux ronds couleur de miel sombre. Elle hulula une fois, très doucement, comme pour s'excuser d'avoir emprunté une étoile sans demander.

— Tu vois, dit Grand-Pa, le ciel a toujours une explication. Il faut juste lui laisser le temps de la raconter. C'est ça, observer : écouter une histoire avec les yeux.

Nino reprit son crayon bleu nuit. Sur la carte, il dessina l'étoile retrouvée au bout de l'aile du Cygne. Puis, juste en dessous, il dessina une toute petite chouette. Grand-Pa déclara que c'était la plus belle carte du ciel qu'il ait vue de toute sa vie d'astronome, et qu'on l'accrocherait dans la cuisine, à côté de celle de l'an dernier.

La nuit, maintenant, était tout à fait calme.

La chouette s'envola sans bruit, comme un morceau de velours.

Grand-Pa replia les chaises longues. Nino bâilla un grand coup, et son grand-père le porta presque jusqu'à sa chambre, comme quand il était petit.

Par la fenêtre ouverte, Nino voyait le Cygne, complet, qui volait le long de la rivière blanche.

— Grand-Pa… elles veillent sur nous, les étoiles ?

— Toutes les nuits, moussaillon. Et elles n'ont même pas besoin de carte pour nous retrouver.

Nino se blottit sous son drap léger. Les grillons chantaient de plus en plus doucement, comme si quelqu'un baissait la lumière de leurs petites voix.

Il ferma les yeux.

Dans le noir tout doux, il vit encore le Cygne, la chouette de velours, et le sourire de Grand-Pa.

Et il s'endormit, tranquille, pendant que là-haut, très haut, mille étoiles patientes continuaient d'écrire des histoires pour ceux qui savent attendre.

Fin

Questions fréquentes

Pour quel âge cette histoire est-elle adaptée ?

Cette histoire est idéale pour les enfants de 6 à 9 ans, curieux du ciel et des étoiles.

Combien de temps dure la lecture ?

Environ 8 minutes à voix haute, parfait pour une soirée d'été avant de s'endormir.

Faut-il connaître les constellations pour comprendre l'histoire ?

Pas du tout : l'histoire explique tout en douceur, et donne même envie de regarder le ciel en vrai.

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