Le chat du vétérinaire

Âge : 6-9 ans
Temps de lecture : ~ 6 minutes
Publié le :

Dans la maison de la vétérinaire, il y a une salle d'attente avec six chaises, un tapis qui gratte, une plante en pot un peu jaune, et un chat.

Le chat s'appelle Réglisse. Il est gris, il a treize ans, et il dort sur le comptoir depuis si longtemps que le bois a pris la forme de son dos. C'est lui qui reçoit.

Ce jeudi-là, à la fin de l'après-midi, la porte s'ouvrit et il entra un jeune chien qui n'avançait pas droit.

Il s'appelait Galopin. Il avait de grandes pattes maladroites, une oreille qui tenait debout et l'autre qui n'avait jamais réussi, et il tenait sa patte avant gauche levée juste au-dessus du sol, comme si le sol était brûlant.

Sa maîtresse l'installa sur le tapis qui gratte et alla parler au comptoir. Galopin, lui, resta là, tout tremblant, et regarda partout à la fois.

— Bonsoir, dit Réglisse sans ouvrir tout à fait les yeux. Qu'est-ce qui t'amène ?

— Rien, dit Galopin. Je vais très bien. On va repartir.

Ce qu'on sent dans une salle d'attente

Réglisse s'assit et enroula sa queue autour de ses pattes, ce qui est la position de quelqu'un qui a le temps.

— Tu as une épine, dit-il.

— Comment tu sais ?

— Tu tiens ta patte comme on tient une patte quand on a une épine. Depuis treize ans, j'ai vu quatre cents épines. Des prunelliers, surtout. Vous courez tous dans les mêmes haies.

Galopin baissa un peu son oreille debout.

— Ça sent bizarre ici, dit-il tout bas. Ça sent le propre et ça sent la peur des autres. Et il y a une porte au fond qui fait clic quand elle s'ouvre. Je n'aime pas cette porte.

— C'est une bonne remarque, dit Réglisse. C'est vrai, cette salle sent les animaux qui avaient peur avant toi. Ça reste dans le tapis. On ne peut rien y faire.

Galopin le regarda, surpris. Il s'attendait à ce qu'on lui dise que ce n'était rien, ou qu'il était un grand chien maintenant, deux phrases qu'on lui avait déjà servies dans la voiture et qui ne l'avaient pas aidé du tout.

— Alors j'ai raison d'avoir peur ?

— Tu as le droit, dit Réglisse. Ce n'est pas la même chose, et c'est mieux. Avoir peur d'un endroit qu'on ne connaît pas, c'est ce que font tous les animaux sensés. Moi, la première fois, je me suis caché derrière la machine à laver pendant deux jours.

— Toi ?

— Moi. J'étais un chaton, et je n'avais rien du tout, on m'avait seulement apporté pour me peser. Deux jours derrière la machine à laver, pour une pesée.

Galopin fit un tout petit bruit qui ressemblait à un rire de chien.

— Ce qui aide, reprit Réglisse, ce n'est pas d'arrêter d'avoir peur. Ça, personne ne sait le faire sur commande. Ce qui aide, c'est de savoir à l'avance ce qui va arriver. La peur déteste les surprises et se calme quand elle connaît le programme. Tu veux le programme ?

Galopin regarda la porte du fond. Puis il posa son menton sur le tapis, ce qui voulait dire oui.

Le programme

— Un, dit Réglisse. La porte fera clic et Philomène apparaîtra. C'est la vétérinaire. Elle a les mains froides et elle s'en excuse toujours. Elle dira ton nom d'une voix trop joyeuse, c'est sa façon d'être gentille.

— D'accord.

— Deux : tu monteras sur une table en métal. Ça glisse un peu, c'est désagréable, il y a un tapis dessus mais il glisse aussi. Tu resteras là quatre minutes, pas plus. Trois : elle regardera ta patte de très près, en écartant les poils, et elle appuiera juste à côté de l'épine. Ça, ça pique. Une seconde.

— Et après ?

— Après, elle fera une petite piqûre dans la peau du dessus.

Galopin releva la tête d'un coup.

— Ah non.

— Écoute avant, dit Réglisse tranquillement. Cette piqûre-là, c'est la partie que tout le monde comprend à l'envers. Elle ne sert pas à te faire mal. Elle sert à endormir ta patte, seulement ta patte, comme si on lui posait une couverture. Tu sentiras une piqûre de guêpe qui n'insiste pas, on compte jusqu'à trois, et puis ta patte deviendra bête et lointaine. Après ça, on peut retirer l'épine et tu ne sentiras rien du tout. Sans la piqûre, ce serait beaucoup plus long et beaucoup plus mauvais.

— Ça dure combien de temps, la piqûre ?

— Moins de temps qu'il t'en faut pour te secouer après la pluie.

Galopin réfléchit à cela sérieusement, parce que se secouer après la pluie, il connaissait.

— Quatre, continua Réglisse. Philomène sortira l'épine avec une petite pince. Elle te la montrera, parce qu'elle montre toujours. Tu seras déçu : c'est minuscule. Cinq : elle nettoiera, ça sentira l'alcool, ce n'est pas bon mais ça ne fait rien. Six : tu repartiras en boitant un peu, à cause de la couverture sur ta patte, et ce soir tu auras retrouvé ta patte normale.

— Sept ? demanda Galopin.

— Sept, tu dormiras comme une pierre. Les animaux qui viennent ici dorment tous très bien le soir. Je ne sais pas pourquoi. Peut-être qu'avoir peur, ça fatigue autant que courir.

La porte du fond fit clic.

Philomène apparut, s'excusa d'avance pour ses mains froides, et dit « Galopin ! » d'une voix beaucoup trop joyeuse, exactement comme annoncé.

Galopin regarda Réglisse.

— Tu attends là ?

— Je ne bouge jamais de ce comptoir, dit le vieux chat. C'est mon travail.

Tout se passa dans l'ordre. La table glissait. Les mains étaient froides. Ça piqua juste à côté, une seconde. La piqûre fut une guêpe pressée, on compta jusqu'à trois, et la patte devint bête et lointaine comme si elle appartenait à quelqu'un d'autre.

L'épine, quand Philomène la montra au bout de sa pince, était vraiment minuscule. Galopin en fut vexé.

Le retour

Il repassa devant le comptoir en boitant, la patte encore endormie, un pansement qui sentait l'alcool et une croquette molle et sucrée dans la bouche, que Philomène distribue à tous ceux qui sont restés tranquilles.

— Sept, dit Réglisse sans lever la tête.

— Quoi, sept ?

— Tu vas dormir comme une pierre.

Dans la voiture, la nuit était déjà en train de tomber sur les haies. Galopin posa son menton sur la portière et laissa les odeurs entrer par la vitre ouverte : le foin, la terre mouillée, une cheminée quelque part.

Sa patte se réveilla doucement, en fourmis, pendant le trajet. Elle ne faisait presque plus mal. C'était même agréable de la sentir revenir.

À la maison, il fit trois tours dans son panier près du poêle, comme toujours, puis il s'allongea sur le côté avec la patte bandée bien à plat devant lui.

Il pensa au comptoir de bois usé en forme de dos de chat. Il pensa qu'il connaissait le programme, maintenant, et que la prochaine fois, la porte qui fait clic ne serait plus une porte inconnue.

Le poêle craquait. Quelqu'un lavait une casserole dans l'évier, très lentement.

Galopin soupira de tout son corps, comme font les chiens, et il dormit exactement comme une pierre, ce que le vieux chat gris savait depuis le début.

Fin

Questions fréquentes

Pour quel âge cette histoire est-elle adaptée ?

Elle est écrite pour les enfants de 6 à 9 ans, avec un vocabulaire simple et deux petits chapitres.

Pour quelle situation lire cette histoire ?

Avant un rendez-vous chez le médecin, un vaccin ou une prise de sang. La peur y est nommée et accueillie, et tout se termine bien.

Est-ce que l'animal de l'histoire est malade ?

Non. Il a simplement une épine dans la patte, on la retire, et il rentre chez lui le soir même en pleine forme.

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