Marin et l'île qui n'existait que la nuit

Âge : 6-9 ans
Temps de lecture : ~ 6 minutes
Publié le :

Dans le village de Port-Câlin, les grands-mères racontent ceci : certains soirs d'été, quand la mer est d'huile et la lune bien pleine, une île apparaît au large. Elle n'est sur aucune carte. Le jour, il n'y a rien, que de l'eau bleue. Mais à la nuit tombée, elle sort de la brume, avec ses collines rondes et sa petite lumière qui clignote. Et au premier rayon du matin, pfuit, elle fond comme un morceau de sucre dans un bol de lait.

On l'appelle l'île de Nuit. Et les grands-mères ajoutent, en baissant la voix : « Celui qui en rapporte un secret avant l'aube sera heureux en sommeil toute sa vie. »

Marin, neuf ans, une casquette trop grande et des taches de rousseur en forme d'archipel, avait décidé que ce soir, ce serait lui.

Il faut dire que Marin avait une bonne raison. Sa petite sœur Violette ne dormait plus depuis des semaines : elle se réveillait la nuit, elle pleurait, et plus personne dans la maison n'avait les yeux en face des trous. Alors un secret pour bien dormir, dans cette famille, ça valait tous les trésors du monde.

Quand la lune se leva, Marin poussa la barque verte de son oncle sur l'eau calme — il avait la permission, l'oncle Firmin dormait déjà en ronflant comme un phoque heureux. Il rama droit vers le large, là où la brume faisait un rideau argenté.

Et l'île apparut.

L'île qui sortait de la brume

Elle était exactement comme dans les histoires : des collines rondes comme des oreillers, des arbres au feuillage pâle qui luisaient doucement, et cette petite lumière, tout en haut, qui clignotait comme pour dire par ici, par ici.

Marin tira la barque sur une plage de sable phosphorescent. Phosphorescent, cela veut dire qu'il brillait tout seul dans le noir, d'une lueur vert tendre, comme si chaque grain de sable avait avalé une miette de lune. À chacun de ses pas, ses empreintes s'allumaient derrière lui, puis s'éteignaient sans se presser.

— Bon, se dit Marin. Un secret. Où est-ce que ça se range, un secret ?

Il n'avait pas toute la nuit — enfin si, justement : il avait exactement toute la nuit, pas une minute de plus. À l'est, le ciel était encore bien noir, mais Marin savait que l'aube ne préviendrait pas.

Il grimpa le sentier. Tout, sur cette île, semblait fait pour le soir : des fleurs en forme de bonnets de nuit, refermées sur leur parfum ; des buissons qui ronflaient tout bas — en s'approchant, Marin vit qu'ils étaient pleins d'oiseaux endormis, serrés comme des pelotes ; un ruisseau qui coulait sans bruit, poli comme quelqu'un qui traverse une chambre sur la pointe des pieds.

La petite lumière clignotait toujours, en haut de la colline. Marin marcha vers elle.

C'était une maison minuscule, ronde comme une théière, avec une lanterne au-dessus de la porte. Et sur le seuil, dans un fauteuil à bascule, se tenait une très vieille dame, avec des cheveux de brume et un châle en toile d'étoiles. Elle tricotait quelque chose d'invisible, avec des aiguilles qui faisaient un cliquetis très doux.

— Eh bien, dit-elle sans lever les yeux, en voilà un qui rame bien tard. Que viens-tu chercher, moussaillon ?

— Un secret, madame. Le secret pour bien dormir. C'est pour ma petite sœur Violette. Elle se réveille toutes les nuits, et elle est fatiguée, et mes parents aussi, et…

— Chhht, sourit la vieille dame. Ne t'essouffle pas. Tu es au bon endroit. Cette île, c'est ici que la nuit vient se reposer le jour, quand elle a fini son travail. Et moi, je lui tricote ses rêves. Assieds-toi, petit rameur.

Le secret de l'île

Marin s'assit sur la marche, tout près du fauteuil. À l'est, très loin, le noir du ciel devenait un tout petit peu gris. La vieille dame le vit regarder l'horizon.

— Oui, dit-elle, l'aube arrive. Nous avons juste le temps. Écoute bien, car le secret ne s'écrit pas : il se chante.

Et elle chanta. Une berceuse toute simple, quatre lignes à peine, avec des mots ronds qui parlaient de barque, de brume, de paupières et de lune. Une berceuse qui sentait le lait chaud. Marin sentit ses propres yeux devenir lourds, et il comprit que c'était du sérieux.

— Chante-la avec moi, dit la dame. Une berceuse ne se transporte pas dans les poches. Elle se transporte dans le cœur, et le cœur n'oublie jamais une chanson qu'il a chantée sous la lune.

Marin chanta. Une fois en tremblant, une fois en se trompant, une fois parfaitement. La troisième fois, tous les buissons d'oiseaux ronflèrent plus fort, et le ruisseau ralentit encore, et l'île entière sembla soupirer d'aise.

— Voilà, dit la vieille dame. File, maintenant. L'aube est en chemin, et ta barque n'aime pas naviguer sur une île fondue.

Marin dévala le sentier, ses empreintes vertes s'allumant derrière lui. Il poussa la barque, rama vers le village. Derrière lui, l'île devenait pâle, puis transparente, puis brume. La petite lumière clignota une dernière fois — au revoir, moussaillon — et s'éteignit dans le matin naissant.

Quand Marin se glissa dans la maison, tout le monde dormait encore, sauf Violette, assise dans son petit lit, les joues mouillées.

Marin s'assit près d'elle. Il ne dit rien du tout.

Il chanta.

La barque, la brume, les paupières, la lune. Sa voix était un peu fausse et tout à fait douce.

Violette le regarda avec ses grands yeux. Puis ses grands yeux devinrent des yeux moyens. Puis des petits yeux. Puis un souffle tranquille de petite sœur endormie.

Marin la borda, comme il avait vu faire les grands.

Par la fenêtre, le large était vide et bleu pâle. L'île de Nuit dormait quelque part sous la mer du matin, et avec elle la vieille dame aux aiguilles douces.

Marin bâilla. Il se coucha tout habillé, sa casquette encore sur la tête.

Dans son cœur, bien au chaud, la berceuse continuait toute seule, à petits coups de rame.

Et il s'endormit en souriant, heureux en sommeil, comme promis, pour toute la vie.

Fin

Questions fréquentes

Pour quel âge cette histoire est-elle adaptée ?

Cette histoire d'aventure douce convient aux enfants de 6 à 9 ans.

Combien de temps dure la lecture ?

Environ 8 minutes à voix haute, avec une fin en berceuse pour glisser vers le sommeil.

L'aventure est-elle inquiétante ?

Non : l'aube qui approche donne un doux compte à rebours, mais Marin ne court aucun danger et tout finit paisiblement.

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