Le doudou parti en voyage
Le pyjama est mis. La couverture est tirée. La lampe est toute petite.
Mais dans le lit, il manque quelqu'un.
Bouloche n'est pas là.
Bouloche, c'est le lapin d'Aglaé. Il a une oreille toute mâchée, un ventre mou, et il sent le goûter.
Ce matin, Bouloche est resté chez Mamie. Sur le grand fauteuil jaune.
Aglaé regarde la place vide, à côté de son oreiller. Sa bouche tremble un petit peu.
— Il me manque, dit Aglaé.
— Je sais, dit Maman. Ce soir, c'est triste.
Maman ne dit pas que ce n'est rien. Parce que ce n'est pas rien.
Elle s'assoit sur le bord du lit. Elle pose le petit coussin où Bouloche dort d'habitude. Le coussin sent encore un peu Bouloche.
— Il est où, Bouloche ? demande Aglaé.
— Il est en voyage, dit Maman. Écoute.
Chez Mamie, la maison est calme. Le fauteuil jaune est tout chaud.
Mamie a posé un torchon à carreaux sur Bouloche, comme une couverture. Elle a tapoté son ventre mou, trois fois.
L'horloge fait tic. L'horloge fait tac.
Bouloche ne pleure pas. Bouloche attend. Attendre, quand on est un lapin en tissu, ça ressemble beaucoup à dormir.
Chut… Bouloche dort là-bas. Aglaé dort ici.
Aglaé serre le petit coussin contre sa joue. Il est doux. Il n'est pas Bouloche. Mais il est doux quand même.
— Demain ? demande Aglaé.
— Demain, dit Maman. Un dodo, et le voilà.
Un seul dodo. Juste un.
Dehors, il fait nuit. Le vent passe dans l'arbre, frou… frou…
Chez Mamie, le fauteuil jaune fait un petit craquement de bois. C'est le fauteuil qui berce.
Chez Aglaé, la main de Maman fait des ronds dans les cheveux. C'est la main qui berce.
Un dodo ici. Un dodo là-bas.
Aglaé ferme les yeux. Sa main tient encore le coussin.
Tic… tac… frou… frou…
Chut… Dodo, Aglaé. Dodo, Bouloche.
À demain.
Fin